SAINT MAXIMIN LA SAINTE BEAUME

Entre les sources de l'Argens, le célèbre massif de la Sainte-Baume et celui de Sainte-Victoire immortalisé par Cézanne, la ville de Saint-Maximin jouit d'une position géographique idéale à moins d'une heure des grandes villes régionales, des plages de la Méditerranée, du Luberon, des Gorges du Verdon, du Haut Var et de l'arrière-pays de Grasse. Elle a été édifiée au tout début du XIVe siècle autour d'un premier village fortifié médiéval lui-même construit sur une cité antique chrétienne. Sa basilique gothique abrite le troisième tombeau de la chrétienté, celui de Marie-Madeleine Sainte Patronne de la Provence.

La préhistoire de Saint-Maximin se dévoile tous les jours davantage au sein de la vaste plaine que domine la ville. Après que des hommes du Paléolithique moyen aient laissé quelques traces d'occupation sur les collines qui la bordent ce sont des populations du Néolithique qui s'installent il y a près de cinq mille ans sur les rives des multiples ruisseaux qui la traversent. Dès la fin de l'Âge du bronze, l'ensemble du terroir voit se côtoyer chasseurs et pêcheurs mais aussi éleveurs et agriculteurs. Bien des objets de leur quotidien sont aujourd'hui déposés au centre d'archéologie Louis Rostan.

Vers la fin de l'Âge du fer, des peuplades structurées semblent s'être fixées dans de petites agglomérations du bord de plaine dominées par des places fortes, les oppida. Après qu'au pied du Col de Saint-Maximin Caïus Marius ait contenu l'invasion barbare déferlant de la vallée du Rhône, des cabanes de pierres sèches celto-ligures naîtront de luxueuses "villae" et de grands ensembles agricoles organisés par les gallo-romains suivant une division cadastrale des terrains arables. Il y eut même au lieu-dit Les Jarres une importante cave viticole. Certains de ces établissements tel celui de Verdagne, disposaient d'un chauffage central et leur décor alliait colonnades, mosaïques et moulures de marbres locaux veinés d'oxydes colorés. A côté des nombreuses poteries utilitaires fabriquées localement et d'amphores venues de tous les coins de l'empire, une vaisselle décorée luxueuse importée des manufactures du sud de la Gaule meublait la table et les vaisseliers. Un de ces riches domaines est à l'origine de la ville actuelle. Ses vestiges remontent au moins au deuxième siècle de notre ère.

La christianisation a touché très tôt ce domaine puisque au Ve siècle de notre ère il s'est largement développé jusqu'à devenir une agglomération, probablement nommée VILLALATA, regroupée autour d'une basilique de plan cruciforme, d'un baptistère dépendant de celui d'Aix-en-Provence et d'un cimetière au milieu duquel s'élève un mausolée contenant des sarcophages de pierre richement historiés des faits marquants de l'histoire chrétienne. Ce monument funéraire antique constitue aujourd'hui la crypte de la basilique gothique de Saint-Maximin.

L'antique Via per Alpes Maritimas, devenue Voie Aurélienne au Moyen Âge, passait au sud de la ville sur les contreforts du mont Aurélien. L'historien Louis Rostan y a découvert une borne milliaire de Claude érigée en 43 après Jésus-Christ. L'original, remplacé par une copie, est visible dans le cloître du couvent attenant à la basilique de Saint-Maximin.

L'histoire écrite des saint-maximinois commence aux environs de l'An Mil. Une bourgade sous la domination d'un pouvoir féodal dont le siège est une petite fortification dressée sur une éminence toute proche, le CASTRUM REDONAS, est sous l'influence spirituelle de l'Abbaye de Saint-Victor de Marseille qui y possède des terres et quatre églises avec leurs privilèges et leurs revenus. Deux d'entres elles sont situées côte à côte à l'est du village, l'une au-dessus de l'ancien baptistère est dédiée à Saint Jean-Baptiste, l'autre, au-dessus de la crypte, est au nom de Saint-Maximin, possible fils de la riche famille possédant le mausolée et à l'origine du développement de la chrétienté dans l'antique agglomération. Une autre église, dédicacée à Sainte-Marie mère du Christ, se dresse de l'autre côté du village au bord de la plaine alors que le prieuré et l'église de Saint-Mitre lui font face à l'ouest, en vis à vis sur l'autre versant de l'espace cultivable.

Dès le XIIe siècle le bourg prend de l'importance, se ceint d'une première fortification et n'est plus inféodé que directement aux comtes catalans de Provence, dont il tire son blason" de gueule à cinq pals d'or" (fond rouge à cinq bandes verticales jaunes). Le castrum Redonas est tombé en désuétude et l'église Saint-Jean-Baptiste est entièrement reconstruite sur un plan de style roman à trois absides dont les deux latérales consacrées respectivement à Saint-Martin et à Saint-Pierre. Dans l'église de Saint-Maximin on prie accessoirement devant les autels de Saint-Michel et Saint-Sidoine.

En 1246, après la mort du comte catalan Raymond Bérenger IV, la Provence revient à sa fille cadette Béatrice qui a épousé Charles 1er d'Anjou frère de Louis IX de France plus connu sous le qualificatif de Saint-Louis. La Provence passe ainsi à la maison capétienne d'Anjou dont l'écu est bleu à une fleur de lis jaune surmontée d'un lambel rouge. .

C'est Charles II, le Boiteux, fils de Charles Ier qui sera le fondateur d'un nouveau Saint-Maximin. A la fin du XIIIe siècle il découvre dans le mausolée antique les reliques de Sainte-Marie-Madeleine et de quelques uns des compagnons du Christ qui sont à l'origine de la légende des Saints de Provence. Avec le pape Boniface VIII ils décident d'élever une église monumentale au culte de Marie-Madeleine, d'y accoler un couvent et d'y installer des frères prêcheur dominicains en remplacement des moines victorins. Les Dominicains seront exempts de mendicité et se consacreront uniquement au culte et au pèlerinage ; ils seront indépendants de l'Ordre et recrutés directement par le comte de Provence qui est leur prieur et le pape. Plus tard les rois de France hériteront des prérogatives des comtes de Provence et le couvent prendra à juste titre le qualificatif de COUVENT ROYAL ses armes étant d'azur à trois fleurs de lis d'or.

Dès le début du XIVe siècle la ville a triplé de superficie et s'est dotée d'une vaste enceinte ouverte sur quatre portes, flanquée de dix neuf tours et protégée à l'est par une barbacane. Dans un angle de la ville un quartier clos est réservé aux juifs qui y ont synagogue et école ; leur cimetière est hors des murailles. Les artisans verriers occupent une rue proche de l'église alors que les potiers de terre sont à l'extérieur des remparts en compagnie des tanneurs. L'hôpital du Saint-Esprit, à l'origine hors la ville, est inclus dans la nouvelle fortification.

Mais les calamités naturelles exceptionnelles du XIVe siècle, les épidémies et les incursions de bandes armées descendues de France vont considérablement freiner le développement de la ville qui mettra plus de deux cents ans à terminer sa nouvelle église gothique. Cependant, entre le sac de la ville par Arnoult de Servole en 1357 et celui des armées de Charles Quint en 1536 le pèlerinage à Sainte-Marie-Madeleine prend un essor considérable qui en fait un des plus fréquenté d'Europe. Bon nombre d'hostelleries s'ouvrent en ville ainsi que dans les faubourgs de la porte d'Aix et de celle de Marseille. Une nouvelle activité naît, celle de la fabrication de médailles et de chapelets alors que dans la plaine et sur les coteaux se développe la culture de la vigne ainsi que du fourrage. La partie sud du terroir, anciennement dominée par le CASTRUM DE CURA se consacre à l'élevage et la voie aurélienne est abandonnée aux transhumants. Le chemin d'Aix moderne se détache de celui de Marseille et longe le pied de la colline du Défens. Saint Maximin est maintenant à la croisée de tous les chemins.

La fin des guerres de religion voit Henri IV reconnaissant brocher une fleur de lis d'or sur le blason de la ville et certaines fidélités à la Sainte Eglise Catholique, peut-être un moment ébranlées par l'hérésie protestante, s'affichent ostensiblement par la création de chapelles. De Notre-Dame-de-Bon-Voyage à l'oratoire de Sainte-Anne, elles jalonnent un long chemin des vertus dont la boucle autour de la ville a un point culminant sur la colline qui porte l'ermitage de Sainte-Croix. La place publique se dote d'une tour de l'horloge du sommet de laquelle la cloche donnée par le Roi René surplombe la fontaine de la Reine Jeanne, la seule à l'intérieur des remparts. Ce qui fait dire des saint-maximinoises qui attendent leur tour pour y remplir leur cruche qu'elles connaissent bien leurs affaires et encore mieux celles des autres. Les juifs sont devenus chrétiens néophytes, leur quartier s'est ouvert et on y construit l'Hôtel-Dieu, qui deviendra l'hôpital Saint-Jacques, à côté de la confrérie des Pénitents Bleus alors que la citerne médiévale est transformée en prison où siège la Cour de Justice. Des artistes, peintres, sculpteur, orfèvres, s'installent à Saint-Maximin où la qualité du marbre veiné local permet d'agrémenter raisonnablement l'austérité des façades médiévales de quelques hôtels particuliers. De leur côté la basilique et le couvent continuent de voir défiler les grands de ce monde ; pour les accueillir avec le faste qu'ils méritent les Dominicains construisent en 1750 une hôtellerie de style classique en remplacement d'un bâtiment plus ancien. Elle communique avec le cloître par la galerie des illustres où figurent les portraits de tous les pèlerins de marque venus vénérer Marie-Madeleine.

La Révolution se passe à Saint-Maximin dans un calme relatif. La ville est affublée du nom de Marathon, les biens des religieux sont vendus comme biens nationaux et le cloître éventré pour en faire une place publique. Lucien Bonaparte alias Brutus, frère de Napoléon, épouse Christine Boyer, fille d'un aubergiste local. Il sauve la forêt de la Sainte-Baume, la basilique en la transformant en magasin de l'armée et les grandes orgues en y faisant jouer la Marseillaise en présence de Barras. La fin de l'épopée napoléonienne et le retour des Bourbon sont commémorés par la construction d'une fontaine monumentale au devant de la porte d'Aix sur l'esplanade ébauchée par Malherbe.

Au cours du XIXe siècle l'agriculture divise la population en travailleurs reclus dans la vieille ville et riches propriétaires habitants quelques bastides, la rue principale et les quartiers périphériques de la ville aérés par la démolition des fortifications et la création de places et boulevards. Saint-Maximin prend le visage qu'il conservera jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. Même le retour des Dominicains et la restauration de la partie démolie du couvent n'y changeront rien. Seule la construction de la coopérative viticole l'amicale et d'un poste à essence coiffé d'une haute flèche en béton armé vont moderniser les abords du faubourg pastoral du chemin de Marseille. Le chemin de fer vient obstruer la perspective vers la Sainte-Baume et l'électricité hérisse la ville de pylônes et de consoles. Jusqu'à l'ouverture de l'autoroute A8 le flux du tourisme sur la RN7 apporta une nouvelle prospérité au quartier des anciennes hôtelleries et auberges du Portail d'Aix.

 

 

© Copyright : Christian Vandevelde (Xtian). Novembre 1999. Tous droits réservés.